Ramsès Younane

Le Foyer d’Art du Lycée Français fait preuve, encore une fois, de compréhension en présentant des peintures de Ramsès Younane. Ce peintre, qui se place à l’avant-garde du mouvement pictural égyptien, procède d’un surréalisme de la meilleure veine. Les visiteurs non avertis s’étonneront certes, de ses paysages et de ses scènes de subconscient. On sait que c’est la par représentation d’objets hétéroclites déclenchant des associations d’idées inattendues que cette école obtient ses effets. Ramsès Younane ne manque pas à ces principes. On retrouve chez lui les enfilades de portiques et de corridors chères à Giorgio de Chirico ; le réveille-matin de Salvador Dali ; le plateau où se dessèchent les fossiles d’ Yves Tanguy ; les académies écorchées, mettant à nu les zygomatiques, les deltoïdes ou les ganglions cervicaux, de la peinture morphologique.

Mais Ramsès Younane y ajoute un sens du coloris bien personnel. Ceux qui aiment la couleur pour la couleur et non pour le sujet qu’elle colore – si acabradabrant soit-il – aimeront dans ses tableaux des harmonies d’une rare réussite. Ceux qui extra-picturalement, recherchent également des figurations oniriques, goûteront dans les compositions et les dessins de Ramsès Younane des échappées, des perspectives calmes, mais arides au-delà d’un premier plan tourmenté jusqu’au tragique. “Etreinte”, “Tropique du Cancer”, entre autres oeuvres exposées, arrêtent l’attention et invitent aux découvertes de l’inconscient.

Jean Moscatelli

in Images – n°814 – 16 avril 1945

(c) CEAlex – Presse francophone d’Egypte