« Pour moi, je compte quitter prochainement cette ville-ci pour aller trafiquer dans l’inconnu.»

Arthur Rimbaud, lettre aux siens, Harar, 4 mai 1881

 

Né en 1913 à Minieh, Ramsès Younan termine ses études à l’école des Beaux-Arts du Caire en 1933 puis devient professeur de dessin dans les écoles publiques égyptiennes. A 25 ans, il publie un essai sur l’Art Moderne critiquant la tendance puriste défendue par Amédée Ozenfant. En 1939, il est l’un des membres fondateurs du groupe surréaliste égyptien « Art et Liberté », aux côtés de Georges Henein, de Kamel el Telmisany et de Fouad Kamel. Il présente ses dessins, peintures et gouaches lors des nombreuses expositions collectives et individuelles que le groupe organise entre 1939 et 1946 au Caire. De 1942 à 1944, il est le rédacteur en chef de la première revue trotskiste en langue arabe, Al Magalla al Gedida (La nouvelle revue) ; il y publie des articles de fond sur la politique internationale ou sur la condition des femmes, de la culture et de l’éducation en Egypte. Vers 1945, il traduit vers l’arabe Un médecin de campagne de Franz Kafka, Caligula d’Albert Camus et Une Saison en Enfer d’Arthur Rimbaud.

En 1947, il décide de partir en France afin de réaliser sa vocation artistique. Il exposera des œuvres automatiques et abstraites lors de l’exposition internationale du Surréalisme à Paris puis lors d’une exposition individuelle à la Galerie Nina Dausset en 1948 ; date à laquelle Georges Henein et lui-même quittent le groupe surréaliste suite à un désaccord profond avec André Breton. À Paris, il rencontre Pierre Soulages, Hans Hartung, Raoul Ubac et Jean-Michel Atlan. Malgré cela, Ramsès Younan traverse une crise d’expression entre 1950 et 1954 ; quatre années de stérilité artistique pendant lesquelles il travaille à la section arabe de la Radiodiffusion-télévision française (RTF). En 1955, il reprend le dessin mais non la peinture. 1956 marque son retour forcé en Egypte lorsque sa femme, ses deux filles et lui-même sont sommés de quitter la France suite à une crise politique à la RTF. Le gouvernement Guy Mollet exigea l’expulsion des journalistes arabes qui refusèrent de diffuser des messages qu’ils considéraient comme contre-productifs et insultants pour leur pays. Younan est de ceux-là.

De 1957 à 1959 il se remet au dessin et publie de nombreux articles sur l’art dans des journaux et magazines égyptiens de langue arabe. À partir de 1960 et grâce au dynamisme du ministre de la culture Sarwat Okacha, il jouit du nouveau régime de bourses accordé aux artistes de talent, ce qui lui permet de se consacrer entièrement à son art. Il peint de grandes huiles abstraites qui vont représenter l‘Egypte lors de la Biennale de Sao Paulo en 1961, à Belgrade en 1962 et lors de la Biennale de Venise en 1964. Il meurt au Caire en 1966.

Ses œuvres sont notamment présentes au Musée égyptien d’Art Moderne du Caire, au Musée d’Art Moderne d’Alexandrie, à l’Institut du Monde Arabe de Paris, au Mumok de Vienne, au Mathaf de Doha, dans les collections de la Barjeel Art foundation et dans de nombreuses collections privées.

Jean Colombain, dans Rowayat, n°5, Le Caire, 2015