L’art indépendant en Egypte

L’Art Indépendant en Egypte s’assigne dans l’état actuel des choses, trois objectifs primordiaux :

I – répondre par tous les moyens à l’effroyable déferlement saisonnier d’une peinture académique qui ne recule devant aucune platitude intellectuelle, aucune crapulerie esthétique, aucun déshabillé mondain.

Il est nécessaire de déclarer ici que la publicité de n’importe quel bottier américain est infiniment plus émouvante que la meilleure des toiles exposées au Salon annuel du Caire.

La seule excuse apparemment valable que les auteurs de ces toiles peuvent être réduits à invoquer, c’est qu’ils peignent pour passer le temps. Ces malheureux  ne comprendront jamais, n’ont aucune chance de comprendre, que peindre est aussi une façon de penser, d’aimer, de haïr, de combattre et de vivre.

2 – entretenir dans l’esprit du public une de ces curiosités que l’on qualifie à juste titre de déplacées parce qu’elles sont généralement le prélude de bien des prises de conscience, de bien des bouleversements individuels ou collectifs.

Trop de gens acceptent encore que les questions vitales de leur temps reçoivent une solution X ou Y ou Z sans même se demander si, – indépendamment de la solution qui leur est ainsi donnée, ces questions n’auraient pas pu être posées autrement.

De surprise en surprise, la curiosité insatiable des enfants peut être recréée. Ex : pourquoi la société est-elle faite de telle manière plutôt que de telle autre ? par qui ? et pour combien de temps ? etc.

3 – intégrer l’activité des jeunes artistes d’Egypte au grand circuit de l’art moderne, de l’art passionnel et mouvementé, rebelle à toute consigne policière, religieuse, ou commerciale, de l’art dont nous sentons battre le pouls à New-York, à Londres, à Mexico, partout où luttent les Diego Rivera, les Paalen, les Tanguy, les Henry Moore, partout où luttent des hommes qui n’ont pas encore désespéré de la libération totale de la conscience humaine.

Art et Liberté

dans le catalogue de la II° Exposition de l’Art Indépendant, Le Caire, du 10 au 25 mars 1941

(c) archives Ramsès Younan